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Réseau social ou réseau « désocialisant »
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Réseau social ou réseau « désocialisant »

Ces derniers jours, les médias internationaux ont en grande partie réagi à l’intervention d’un ancien cadre d’une entreprise bien connue œuvrant dans le domaine des réseaux sociaux. Ce dernier en effet, à travers une phrase bien placée, laissait entendre que leur projet phare constituait plus un mal qu’un bien en termes de société : « Je pense que nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social ».

Si ce n’est pas la première fois qu’un ex employé de FACEBOOK inc. fustige les activités de son ancienne entreprise, la question des effets des réseaux sociaux sur notre société est d’actualité, notamment au Burkina Faso, où on compte environ 600.000 inscrits rien que sur FACEBOOK.

La période post insurrectionnelle, c’est-à-dire à partir de fin 2014 a été la rampe de lancement d’une réorientation de la façon dont était jusqu’alors utilisée le réseau social phare. On a assisté à la naissance ou à la reconversion de personnes lambda en experts en politique nationale, ou en idéologues de génie, confortés dans leur position par les nombreuses mentions « j’aime » apposées par leurs « amis » FACEBOOK et plus ou moins les « amis » de leurs « amis » FACEBOOK.

Si on s’en tenait à cet enthousiasme constant qu’ont éveillé en nous ces nouvelles structurations sociales de nature digitale, il est sûr et certain qu’on se laisserait aller, comme l’ont fait les médias occidentaux lors des printemps arabes entre 2011 et 2014, à les considérer comme les outils par excellence de la libération sociale, de la liberté d’expression et de la communautarisation des relations.

Bien que l’idée soit tentante, il nous appartient pourtant de voir le verre d’un autre œil, pour se rendre compte qu’en fait, il est plutôt vide.

Notre vie, qu’on le veuille ou pas, est aujourd’hui rythmée par les réseaux sociaux. Il ne s’agit plus d’un hobby, d’un passetemps ou même d’une activité. Non, on est depuis, passé à l’addiction, à l’élément indispensable à notre bien-être. Dès lors, il devient important de se demander, comme pour tout élément qui acquiert une telle importance dans nos vies respectives, si on en retire du bon ou du mauvais en grande partie. La balance semble pencher pour le second aspect. Contrairement à sa fonction première qui est de renforcer les relations sociales, voire de les étendre, la plateforme est devenue aujourd’hui un outil qui « déchire le tissu social », un outil de désocialisation.

Ce constat s’appuie sur un certain nombre d’observations :

FACEBOOK a disloqué notre schéma traditionnel de socialisation et a de ce fait balayé un bon nombre de principes attachés au « vivre ensemble ».

Dans le temps, la parole constituait un privilège tel que celui ou celle qui l’obtenait en usait de façon intelligente et avec parcimonie. Umberto Eco, écrivain auteur du « nom de la rose » grand philosophe et analyste de la communication disait à cet effet que « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ». Si ces mots ont beaucoup fait sourire ou choqué par leur caractère abrupt, beaucoup d’experts et de sociologues ont partagé le même avis. Il est difficile aujourd’hui de parcourir son mur sans tomber sur des publications aux allures de discours faites par des internautes, sur un sujet d’actualité ou alors un sujet qui leur est intimement lié. Dans le meilleur des cas, ces publications peuvent juste revêtir un aspect descriptif et se limiter à informer, mais dans le pire des cas, certains osent se livrer à l’analyse de ces sujets qu’ils ne comprennent souvent pas ou pas assez. Qui plus est, la facilité d’accès aux moyen de publications que représentent nos Smartphones offrent parfois un caractère spontanée à ces publications qui naissent plus de réactions sur le vif à un contexte donné qu’à de véritables écrits issus d’une introspection. Cette facilité d’accès constitue de plus un obstacle impromptue pour quiconque cherche à se renseigner sur le sujet débattu, faisant que très souvent, les connaissances que les gens ont d’une question spécifique se résument plus à ce qu’ils ont vu sur les réseaux sociaux, qu’à leurs recherches personnelles sur des plateformes plus crédibles. A ce stade certaines barrières hiérarchiques, ou traditionnelles sont brisées, conduisant parfois à des situations de manque de respect de la jeune génération à la génération plus âgée, partant du fait que certains de par leur notoriété acquise sur les réseaux sociaux ne prennent plus la peine de respecter les codes sociaux que nos ainés ont mis du temps à forger. Le problème qui nourrit la croissance de ce type de comportement c’est que sur FACEBOOK, n’est pas la plus lue la publication la plus pragmatique ou la plus posée analytiquement parlant, mais plutôt la publication qui exprime le plus un sentiment, la colère ou le dédain la majeure partie du temps, ou qui est vouée à dégrader une personne, un groupe de personnes, un état des choses etc. A partir de là, les plus suivis, parlant du Burkina Faso, sont souvent ceux qui parlent « mal », ou encore ceux qui insultent ou critiquent le plus sans que ne soit pris en compte, la profondeur de leurs propos.

FACEBOOK nous maintient dans une illusion de société : l’un des travers les plus remarquables de FACEBOOK, c’est la capacité que la plateforme a eu de nous faire croire que l’on entretenait vraiment des rapports les uns avec les autres.

En effet, en utilisant les mots qu’il faut là où il ne faut pas, comme par exemple le mot « ami » à la place de « contact », elle a redéfini les codes sociaux en mettant en avant comme

normal les relations entretenus entre les internautes. Mais peut-on vraiment parler de relations ? FACEBOOK n’est en réalité qu’un canal de communication, et ne se résumé en réalité qu’à cela. En gros, c’est comme si vous aviez accès à tous vos contact téléphoniques en temps réel au même moment et que vous pouviez interagir avec eux, découvrir la liste de leurs contacts et vous adresser à eux aussi. Dès lors tous les termes tels que « amis », « j’aime », ou encore « poke », ne sont que des termes de marketing afin de mieux faire voir l’aspect socialisateur du réseau. Les interactions attachés à ces mots ne sont ainsi que des simplifications à outrance de ce que doivent être de vrais interactions qui elles sont nécessaires pour développer de vrais relations humaines, tant elles sont complexes et appellent à l’utilisation de tous nos sens. Ces simplifications ont entrainé aujourd’hui un certain détachement de nos émotions de sorte que lorsque l’on se retrouve devant une publication parlant d’une catastrophe naturelle, la mention « triste » devient la seule façon que nous avons de nous sentir concerné, sans rien faire au-delà. L’autre preuve de cette illusion, est justement le fait que très souvent on a des difficultés à transposer nos rapports sur FACEBOOK à la vie réelle. Prenons un exemple concret. Facebook vous propose de demander amitié à une personne Y. Vous acceptez, et débuter une conversation avec cette personne. Dès lors, chacun ou chacune de vous réagit aux publications de l’autre, et vous vous identifiez l’un(e) l’autre sur vos publications respectives. Quelle belle amitié que voici. Maintenant disons qu’un jour par le plus grand des hasards, vous vous rencontrez lors d’un évènement ou en circulation. Deux cas sont à prévoir : si vous êtes quelqu’un de naturellement sociable ou si votre ami(e) est de ce genre, l’un d’entre vous engagera la conversation (alors que vous ne vous étiez jamais rencontré physiquement) ce qui brisera la glace. Si aucun de vous ne l’est, vous ne vous saluerez peut-être même pas. Dans les deux cas, dès que vous vous verrez, vous ressentirez cette petite sensation du « j’ai déjà vu cette personne quelque part » avant de vous rendre compte qu’il s’agit d’un contact FACEBOOK et là vous prendrez la mesure du fait que cette personne est tout aussi réelle que vous, avant de finalement vous demander ce que vous devez faire en conséquence. Votre esprit même conçoit que vous n’entreteniez une relation virtuelle. C’est d’autant plus vrai si nous vous demandons si vous avez les contacts téléphoniques de tous vos amis FACEBOOK. Vous nous répondrez pour la plupart non, ce qui est normal car les gens limitent beaucoup le type d’interactions qu’ils veulent avoir sur les réseaux sociaux au strict minimum, car ils ne veulent pas avoir à les intégrer dans leur vraie vie. Et en retour, comme le disait si bien une certaine personne : « le jour de votre enterrement moins du quart des amis FACEBOOK habitant dans votre ville sera présent ». Quoi de mieux que cette image pour illustrer la fausseté des relations sociales crées sur la plateforme numéro une.

FACEBOOK dresse des barrières au sein d’un même noyau familial

Il arrive souvent à l’heure où sont réunis les membres d’une même famille, que ces derniers soient tous

concentrés sur leur Smartphones, et ne communiquent pas entre eux. Le côté addictif de FACEBOOK arrive ainsi à déconnecter les uns et les autres de ce qui se passe autour d’eux au point de rendre inintéressant une bonne vieille conversation familiale, au profit des dernières tendances des réseaux sociaux. Les premières victimes de ce problème sont les enfants et adolescents, qui, à un âge où leur cerveau est programmé pour vraiment apprendre de l’extérieur, ces derniers sont plus en contact avec des inconnus, que leurs propres géniteurs et relatifs, ce qui peut conduire à l’adoption de comportements dévoyés, où à l’inexpérience dans les codes sociaux traditionnels.

On peut, à partir de là, vraiment s’inquiéter de notre rapport avec les réseaux sociaux. Beaucoup s’en sont rendus compte et ont commencé à y remédier, en supprimant notamment leurs comptes FACEBOOK. Certains n’ont pas pu résister et ont de nouveau replongé, mais la plupart arrive à vivre sans problème en se passant de ces outils de communication. C’est le moyen le plus efficace, le plus radical, mais aussi le seul moyen disponible pour se départir de l’effet désocialisant que nous subissons actuellement. Il faut prévenir cela dit que se détacher de FACEBOOK entraine un effet de manque lors des premiers moment qu’on ne peut combler qu’avec beaucoup de volonté et une vie sociale bien remplie.

Il ne faut toutefois pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » comme le rappelle cette expression populaire utilisée très souvent. FACEBOOK a permis beaucoup de choses, notamment à des personnes éloigné de se retrouver, à des rêveurs de découvrir le monde, et d’autres personnes qui partagent les mêmes passions. N’oublions pas que cette plateforme est du reste le premier canal d’information dans le monde entier. Dans ce cas d’où ont pu naitre les travers dont nous avons parlé ? De l’absence de régulation dans un contexte où la liberté est reine. En effet avec le minimum de restriction qu’a offert FACEBOOK, les internautes ont très vite laissé les plus mauvais côtés de l’humanité s’exprimer, de telle sorte qu’aujourd’hui il est devenu difficile de séparer les bienfaits des mots que suscitent les réseaux sociaux.

La question qui demeure est donc, le monde a-t-il vraiment besoin des réseaux sociaux ?

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